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Il est grand temps de rallumer les étoiles* – Le bloc-notes de Wilfrid Estève

photographie // écritures transmédias & interactives // formation

Il est grand temps de rallumer les étoiles*

Depuis plus de dix ans, le monde de la photographie est déstabilisé.

Les nouvelles technologies ont redéfini les pratiques de toute une profession. De profonds changements s’opèrent dans les domaines de la production, de la distribution et de la consommation. Une nouvelle e-économie émerge. Elle bouscule notre façon de penser, de travailler, de voir le monde, sans que nous nous soyons préparés. La Photographie est née en France, l’essor de sa culture, de son enseignement et de son rayonnement nous ont autorisé une certaine suffisance. Nous avons passé les dix dernières années à attendre, commis l’erreur d’être passé à côté des évolutions et d’avoir ralenti l’adaptation de la France aux technologies au moment où le monde l’accélérait.

Aujourd’hui, on parle un peu moins des nouvelles technologies, du numérique et on les utilise beaucoup plus. De grâce, ne laissons plus les directeurs financiers disserter dessus : ils pourraient bien nous en dégoûter. Ne laissons pas le photojournalisme entre les mains des marchands de l’illustration, ils pourraient bien le tuer.

Alors que l’information et la photographie sont devenues des produits de consommation, il est nécessaire de réagir. Allons-nous à notre tour, encourager une consommation boulimique de l’information et renforcer un sentiment d’urgence ? Nous contenter d’alimenter les machines à illusions que sont les banques images et de submerger, d’intoxiquer le public de photographies ? Le traitement présent de l’actualité ne risque-t-il pas de conduire à un état de malbouffe médiatique ? Dans ce marché de la surconsommation, il est essentiel de prendre du recul, d’analyser, de ne pas lâcher le fil de notre histoire. Essayer de ne pas se focaliser sur des événements en délaissant les conditions profondes qui en sont les causes.

Essayer de comprendre la façon dont le public « consomme » les médias et construit sa vision du monde. Combattre la montée de l’ignorance, de l’intolérance et la peur de l’autre. La peur tue l’esprit. Cette curiosité dans l’acte photographique est une passerelle essentielle en direction des autres cultures. Ne laissons pas le lecteur se faire happer par le sensationnel et l’auteur se changer en un œil voyeur. Les médias nous imposent leur réalité, les rédactions poussent à l’information spectacle.

Nous avons tous une part de responsabilité dans ce traitement souvent superficiel. Il est temps de combattre cette uniformité de la pensée et de redevenir crédibles. Il est temps de renoncer à une certaine avidité et d’adopter une distance intérieure.

Arrêtons de produire les photographies que le marché réclame. Sommes-nous devenus si dociles ?

Les éditeurs, les groupes de presse renforcent leur pouvoir sur l’individualisme de ceux qui vont bien et réclament toujours plus, et sur le repli de ceux qui vont mal et se résignent.

Le photojournalisme est à la croisée des chemins. Les générations précédentes se sont inscrites dans une démarche journalistique autour du témoignage. Qu’en est-il aujourd’hui ? Il est inhabituel en France qu’un jeune photographe se revendique du photojournalisme, développe un angle pertinent et affirme un point de vue. Or, faire disparaître les traces de positions politiques du reportage revient à faire un contresens absolu sur sa nature même. C’est désincarner le rêve et la révolte. En entrant dans l’histoire, la photographie a perdu son désir de transformer le monde.

La presse est malade, la plupart des rédacteurs-en-chef sont sur des sièges éjectables et en sont conscients. Tout cela contribue à façonner une culture du consensus, on assiste à un recul de l’esprit critique et un appauvrissement du regard. On ne sait plus montrer, on ne sait même plus voir. Le danger est que les enjeux financiers se substituent au témoignage et au sentiment. Et que le dictat d’une sous-culture succède à celui d’une seule vision du monde.

La mission du journaliste est de comprendre et de faire comprendre. D’éduquer les esprits. Celle de l’auteur est de faire entrer le doute et l’insécurité dans un territoire photographique. Les photojournalistes s’inscriront dans l’histoire, non pas en la répétant, ni en la prolongeant, mais en lui faisant don d’un nouveau chapitre.

Nous n’avons rien à perdre car nous n’avons jamais rien eu. Les photographes, tout comme les rédacteurs ont toujours été les soutiers de l’information. Nous sommes le produit d’un monde que des technocrates ont contribué à façonner, et dont le résultat pathétique, effraie.
La réappropriation de l’information par les journalistes, photographes et rédacteurs, est le pari de demain. La réussite économique est la seule vraie garante de notre indépendance. Elle est possible grâce au fonctionnement de la toile, basée sur le réseau, les notions d’échange et de partage. De pensée partagée. L’héritage du photojournalisme se situe dans une attention particulière du monde, dans une morale de l’action et du rêve réconciliés, et non, dans une entreprise qui cherche à rentabiliser la production, la publication ou la diffusion de photographies en tout genres.

Il est grand temps de rallumer les étoiles*…

Aujourd’hui, nous devons tous adopter une philosophie de l’action. Nous ne devons plus nous accrocher à notre passé comme à un bouclier ; pointons-le au contraire comme le fer de lance de notre évolution. Notre profession se doit d’anticiper les changements plutôt que de les subir.

Pour ma part, je vous dirai que rien n’est joué d’avance. Même si le pouvoir d’empêcher n’oblige jamais à rendre des comptes, alors que celui d’avancer nécessite constamment de se justifier, il nous appartient d’écrire ensemble notre avenir. D’aller contre l’isolement, de résister et de contribuer à bâtir un autre modèle.

Le débat est simple : Doit-on continuer à alimenter la réalité virtuelle de fonds d’images toujours plus volumineux ou bien créer et imposer une structure de distribution forte, indépendante, avec une réelle politique éditoriale ? L’enjeu est de taille pour les photographes. Il est temps que chacun prenne ses responsabilités et que l’on arrête de se lamenter. Nous sommes économiquement trop faibles pour nous entretuer ; une telle ambition n’est possible que sur la base de l’union et de l’ouverture. Aucun succès ne peut être bâti sur l’immobilisme et il ne peut y avoir de solution ni maintenant, ni demain, ni jamais, si nous ne sommes pas capables de nous additionner.

N’oublions pas que l’exclusion c’est aussi être privé du regard de l’autre et que la manière d’informer, de s’informer est un enjeu démocratique majeur.

Wilfrid Estève

* Extrait du prologue des « Mamelles de Tirésias » de Guillaume Apollinaire.

Edito du livre « Le photojournalisme à la croisée des chemins », mention spéciale du jury du prix Nadar 2005.

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        Extrait de la série « Revivre après l’horreur », refugiés Kosovars dans le camp de Brazda.

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