Photographie, écoles, nouvelles écritures et transmédia

L’ENS Louis-Lumière présente Sophie Scher

Article publié dans le Journal de la Photographie

En 2006, Sophie Scher obtient un Diplôme National d’Arts et Techniques en Design Graphique et Illustration narrative à l’École Supérieure d’Art de Lorraine (ESAE), en se penchant sur ce qu’elle appelle des “Instants urbains et poétiques”. Très tôt, elle a été sensibilisée à la culture de l’image. Son père a fait les beaux arts, il est imprimeur et graphiste. Sa mère est également graphiste, sa soeur est architecte. Un monde autour de l’imaginaire, du dessin et de l’écriture s’est développé naturellement.

Petite, elle s’amuse à cligner des yeux pour figer les “jolis moments”. Cela lui arrive encore parfois aujourd’hui, “j’aimerais bien avoir un appareil photo dans les yeux”. A 12 ans son père lui offre son boîtier, elle commence à photographier. “J’ai toujours écrit des histoires pour raconter les choses de la vie”. Lors de ses trois années passées aux beaux-arts, elle touchera aussi bien à la photographie, à la vidéo, à la peinture qu’aux livres pour enfants ou encore aux affiches, remportant le Prix Mercuria pour “Make a substancial difference” exposée au Luxembourg, ainsi que le premier prix de l’affiche réalisée pour Arjo Wiggins.

Sophie se spécialise ensuite en Photographie à l’Ecole nationale supérieure Louis-Lumière. Elle y développe sa pratique photographique “plasticienne” en gardant en tête l’importance de la “construction de l’image” et se concentre également sur le portrait à la chambre. C’est en s’intéressant aux enjeux du photojournalisme dans les nouveaux médias, à savoir comment diffuser de l’information aujourd’hui, que Sophie obtient son mémoire de fin d’études en juin 2009.

En septembre 2010, elle est lauréate de l’appel d’offre que la Mutuelle des Architectes Français a lancé entre l’ENSP d’Arles et l’Ecole nationale supérieure Louis-Lumière. Dans le jury on retrouve entre autres le photographe et cinéaste Raymond Depardon, François de Mazières, président de la Cité de l’architecture et du patrimoine et Pablo Katz, architecte-urbaniste et président de la Société Française des Architectes.

Durant une année, Sophie fréquente les chantiers ; l’idée de la série “Structures éphémères” s’impose alors à elle. Débutée sous une pluie d’automne en septembre 2011, il s’agit plus d’un début de série, d’une recherche. “Durant un an j’ai réalisé la commande, puis j’ai eu l’envie de faire un sujet sur les échafaudages. Je suis allée sur les chantiers, ai parlé avec des maîtres d’oeuvre, demandé des autorisations”. Aujourd’hui elle a fait le tri dans ses premières photographies, arrive à prendre du recul et voit mieux vers où aller. “Je souhaite exprimer librement et de façon très personnelle mes impressions sur les structures”. La proposition artistique graphique qui en résulte met en avant de multiples points de vue d’un univers protéiforme et à géométrie variable Sophie s’attarde sur des détails, déforme le réel ou recherche des courbes qui vont basculer l’espace. “J’avais des préjugés et j’ai trouvé des choses auxquelles je ne m’attendais pas, plus subtiles. Les bâches par exemple, qui m’évoquent des jeux de transparences”.

 

Sophie aimerait développer une approche autour de l’expression “ravalement de façades”. “Le côté transformation vers le beau, le côté bandage m’attire”. Actuellement, elle suit trois chantiers sur Paris jusqu’au printemps et fait des repérages à Nice : “j’observe dans plusieurs villes la manière dont sont appréhendés les chantiers par les architectes, les urbanistes et les maîtres d’oeuvres”.

De ses années à l’Ecole nationale supérieure Louis-Lumière, elle a apprécié la qualité pédagogique sur l’apport technique et la culture générale photo. De plus, “C’est professionnalisant, on a couvert les Césars en deuxième année par exemple”. En entrant à L’ENS, Sophie se destinait à faire de la mode, “je suis une fan de Jean-Paul Goude”. Elle change d’avis en découvrant cet univers et met la photographie de mode “entre parenthèse”. Par contre, elle découvre le documentaire photographique et a un coup de coeur. En dernière année, elle réalise un reportage et une POM – Petite Oeuvre Multimédia – en associant photographie et dessin, sur la problématique des Surirradiés en France. Ce sera la partie pratique de son mémoire de fin d’étude (mention très bien avec les félicitations du jury). En 2011, sa POM a été présentée aux Nuits photographiques, à Photo Phnon Penh, à la Cinémathèque Française, au Sénat ou encore à la Maison Européenne de la Photographie.

“Les opportunités et le carnet d’adresse de l’ENS m’ont bien aidé. On sent que l’école à des moyens, notamment technique”. Le fait que trois sections se côtoient lui a permis de commencer des collaborations avec des ingénieurs son. Par contre, “vu le potentiel, je regrette qu’il n’y ait pas eu plus de projet commun entre les trois sections”. Depuis sa sortie de l’ENS Louis Lumière, Sophie se projette dans les nouveaux médias : POM, vidéographie ou plateforme documentaire interactive. “Ces approches et ces narrations révèlent un potentiel inattendu pour nous, photographe”. Au-delà du web, les territoires numériques offrent à la Photographie un accès à la télévision connectée.

En terme de création ou d’approche journalistique, le photographe a une façon de “voir” différente de celle du réalisateur et la culture n’est pas la même entre le cinéma et la photo. Tout comme la façon d’appréhender le sujet et de le cadrer. “Ma priorité aujourd’hui est de développer un point de vue narratif, subjectif dans cet environnement numérique et de définir des orientations artistiques.”

Sophie Scher a 27 ans, elle vit et travaille à Paris.

Wilfrid Estève

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