Photographie, écoles, nouvelles écritures et transmédia

“Cortex” de Valerio Vincenzo

Valerio aime brouiller les cartes. Originaire de Naples, il a grandi à Milan et réside à Paris. Il se revendique Européen et vit avec une Américaine. Il n’aime pas les cases et ne se définit pas comme photographe.

Valerio avait trouvé un mot plus juste, mais l’a oublié, « c’était lié à l’image » précise t-il. Sur sa carte d’identité italienne, on lit sa profession : étudiant. Valerio est attaché à ce statut car il désire apprendre durant toute sa vie. Discret et déterminé, cet ancien consultant dans la finance poursuit avec élégance un intéressant parcours photographique. Se jouant des formats et des média, il explore, s’égare ; aime prendre du recul et rendre intelligible. Son principal souci est de rester cohérent dans l’ensemble de ses démarches. Avec humour et dérision, il pointe les absurdités de notre société.

Proche du micro, Valerio pose sa voix avec aisance. Il est vrai que l’italien est la langue de la commedia dell’arte. Et enchaîne : Berlusconi, Kadhafi, Sarkozy, Benoît XVI, Obama, Merkel, DSK, Clinton, Poutine, pour terminer sur un superbe « s[ooo]ubliminale ». Peut-être pense-t-il aux tomates qu’il rêve de regarder pousser dans un jardin en Italie ?

De Cortex dont il parle, il n’a ni réalisé les prises de vues, ni choisi les images. C’est son épouse, qui s’est prêtée au jeu. Kathie, qui apparaît judicieusement dans les séries, « A day in Paris » et « Interdiction de sourire », passe de muse à curatrice. En suivant une ligne directrice, elle s’est immergée dans Google images. Ce réservoir mondial de la culture visuelle a fait bouger les grandes lignes de l’intime, de soi, de l’autre.

Lourd d’impact et de sens, Cortex est un bilan de la frénétique production de l’actualité. Et si l’actualité révèle et accélère, Cortex la fixe et la cristallise. Selon Valerio, l’image qui résulte du montage final existerait réellement dans une zone du cerveau qu’il nomme « le stock des icônes ».

Cette exploration du net en profondeur, accouche d’une identité numérique assez dérangeante. Ce mille-feuille visuel nous interroge sur l’actuel statut de la photographie sur le net : peut-on encore parler d’image ou de flux ?

Nous sommes bien entrés dans l’ère du déferlement visuel, de l’image excès et de la profusion subliminale. Cette boulimie dont nous sommes si friands et qui a fait naître des révolutions, propose aux dirigeants de la planète un bel univers spectral, décorporisé et digital en guise de portrait officiel. Cortex révèle leur nouveau visage et fait apparaître dans toute sa splendeur l’Homo numéricus, figure du XXIe siècle, de la réalité augmentée et de l’information de masse.

Wilfrid Estève

Article publié dans le magazine du Jeu de Paume en décembre 2011.

Lien :

http://lemagazine.jeudepaume.org/2011/12/valeriovincenzo/

http://www.valeriovincenzo.com/

http://hanslucas.com/vvincenzo/photo

 

Cet article fait partie des six folios présentés par Wilfrid Estève dans le magazine du Jeu de Paume, retrouvez la série, la lecture de Samantha Rouault réalisée par Alice Guerlot-Kourouklis ainsi que l’intention de l’auteur sur le site du magazine.

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