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“Spree” de Dorothée Smith – Le bloc-notes de Wilfrid Estève

photographie // écritures transmédias & interactives // formation

“Spree” de Dorothée Smith


Des visages dans des cheveux d’or qui… oublient leur vertu. Mais c’est pas vrai qu’ils ont l’air d’un conquistador.
Asexués une fois dévêtus qui croit quand on les voit comme ça. Excitant toutes les petites filles. Pourquoi on n’y croit plus comme ça.
Isolé dans un corps presqu’île.

Lorsque Nicola Sirkis chante « 3e sexe », hymne à la tolérance sexuelle et au droit à la différence, Dorothée Smith a six mois. Alors qu’à Paris, Christo emballe le Pont Neuf, la Spree longe le symbole d’une Europe déchirée par le Rideau de fer.

La rivière sépare en deux la capitale allemande et à l’image de ces quatorze Berlinois de l’Est qui en 1962 ont enivré le capitaine d’un bateau pour franchir le mur sous les coups de feu, elle a aussi été promesse d’espérance et de liberté pour des Berlinois appelés à vivre entre deux systèmes. Et deux identités. Aujourd’hui encore il existe des murs, invisibles certes, mais tout aussi réels.

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Une fille au masculin
Un garçon au féminin
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Trop tôt pour se glisser dans la peau de Bogdan W. Rousseau, c’est Dorothée qui entre au Cadran du Faubourg. Elle sort de la galerie des Filles du Calvaire, l’accrochage vient de se terminer. Demain, le vernissage. Les articles sur « Hear us marching up slowly » commencent à sortir, Dorothée regrette les clichés et les étiquettes qu’on lui colle. Tout en grignotant mes frites, elle commande un café. « J’ai toujours pratiqué la photographie. Enfant, j’avais un appareil Kodak ».

Dorothée est une digital native, elle a grandi avec internet et dans un environnement numérique. En 2001, elle tient un « live journal », une sorte de blog privé [You don’t have permission to access].

Une activité solitaire qui lui permet de partager ses images et d’entrer en contact avec les autres. Il s’agit d’écrire compulsivement. Confidentiellement. Elle découvre les forums et les communautés, fait de la critique en amateur. « Depuis la sixième, je passais mon temps sur le web. Je photographiais avec un Contact T3 sans mise au point. Je ne faisais pas poser les personnes ». Dorothée scanne directement ses négatifs, sans développer de tirages. Une mise en ligne sans trop de commentaires qui lui permet de développer un réseau international. À l’époque, elle rencontre Victoria, qui est devenue une « collaboratrice permanente » et a travaillé sur l’exposition. L’année dernière, elle a fêté les dix ans de ce journal virtuel. À l’ENSP d’Arles, elle apprend les bases de la photographie : « jusqu’en deuxième année, j’exposais mal mes photos ». Peu de connaissance académique, « et c’est bien car je n’ai pas peur d’essayer pour voir ce que cela donne ». Puis, une rencontre, un stage avec Antoine D’Agata dans le cadre de l’atelier de visu. Enfin, une résidence d’un mois au cours de sa dernière année d’étude. « J’aime pas Marseille mais j’ai eu un vrai souhait pour Antoine. Il fait corps avec ses photos, une seule entité ». La série issue de cette rencontre reste à ce jour la série préférée de Dorothée : « Là je m’y retrouve ».

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J’ai pas envie de la voir nue
J’ai pas envie de le voir nu
Et j’aime cette fille aux cheveux longs
Et ce garçon qui pourrait dire non ?
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La question du genre, qui en langue anglaise est dissocié du sexe, fonde une problématique qui décide de la façon de considérer les identités. Le sexe serait biologique et le genre, culturel. Dès lors, le « masculin » se libère du « mâle » et le « féminin » de la « femelle ».

« Les travaux sur les trans et la manière dont c’est réalisé me parlent peu ». Ses préférences : « Les Amies de Place Blanche » de Christer Strömholm ou « Trouble dans le genre » de Judith Butler. « Cela a soulevé des questionnements chez moi. J’ai essayé de tout réunir dans des images, qui renvoient à une problématique plus abstraite. » « Je ne souhaite pas de photos bavardes », juste susciter des interrogations que l’on retrouve dans un parcours trans. Pourquoi citer Verlaine ? « C’est le poète de l’indéterminé. Il parle peu à la première personne. C’est souvent brumeux, voilé, on sent un avant, un après, rien de figé ». On se sent proche des post ados, des « entre-deux identités », de la transition. « Verlaine me tient car c’est le poète de la fadeur ». La fadeur, c’est une ouverture aux champs des possibles, « une indétermination car rien n’est impossible ». Dorothée précise que « le fait que la fadeur existe ne nie pas la saveur ». Rester dans la réserve, la retenue pour être disponible à tous les changements. « Avec Spree, j’ai tenté de rendre visible cet état d’indétermination ». Des paysages en friche, en jachère, en ruines et « pour les portraits, c’est la même chose ».

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Des robes longues pour tous les garçons
Habillés comme ma fiancée
Pour des filles sans contrefaçons
Maquillées comme mon fiancé
Le grand choc pour les plus vicieux
C’est bientôt la chasse aux sorcières
Ambiguë jusqu’au fond des yeux
Le retour de Jupiter ?
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Dorothée regrette « cette obligation, dans la société, de faire un choix ».

Elle évoque l’histoire d’Herculine Barbin, dite Alexina B, hermaphrodite français considéré comme une femme à la naissance, mais réassigné(e) comme un homme après une liaison amoureuse et un examen physique. « Déformations, monstruosités », la science et la médecine n’ont pas été tendres avec Herculine. Elle se suicidera en 1868. On parle beaucoup de Michel Foucault et de son cours au collège de France : Les Anormaux. Pour en revenir à Spree, Dorothée précise : « l’indétermination conditionne ma démarche, pas le côté sexuel. J’ai beaucoup de clichés sur mon travail ». Il a permis à Dorothée de trouver certaines réponses et de se poser d’autres questions. « Beaucoup de mes amis s’identifient comme trans. La société juge cela subversif et t’oblige à faire un choix. Un parcours du combattant s’opère. Souvent humiliant ».

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Dans la rue des tenues charmantes
Maquillés comme mon fiancé
Des garçons, filles l’allure stupéfiante
Habillés comme ma fiancée
Cheveux longs cheveux blonds colorés
Toute nue dans une boîte en fer
Il est belle, il est beau décrié
L’outragé mais j’en ai rien à faire ?
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« Je n’ai pas de définition de mon approche. Je photographie ce qui me passe par la tête, sur le moment . On ne reconnaît pas les personnes que j’ai photographiées. Il n’y a ni titre, ni légende ». Spree est la deuxième série d’un cycle de trois : Loon, Spree et Löyly. Elle aborde moins la question du genre et fait converser des portraits avec des paysages. Dorothée n’a rien négocié dans ses photographies, elle a photographié des amis, la plupart du temps au réveil. « J’ai peu parlé ». Le titre tient du fait qu’elle l’a réalisé à Berlin et aimait la consonance du mot. C’est aussi dans les bras de cette rivière que fut retrouvé, en 1919, le corps de Rosa Luxemburg. Assassinée et jetée dans la Spree, elle était journaliste. Progressiste, elle a marqué le socialisme révolutionnaire. Opposée à la Première Guerre mondiale, cette féministe s’est battue pour le droit de vote des femmes et pour la désobéissance. Elle a mené avec Clara Zetkin une campagne internationale pour que la journée du 8 mars soit retenue comme “journée internationale de la femme”.

Wilfrid Estève.

Article publié dans le magazine du Jeu de Paume

Il fait partie des six folios présentés par Wilfrid Estève dans le magazine du Jeu de Paume, retrouvez la série, la lecture de Samantha Rouault réalisée par Alice Guerlot-Kourouklis ainsi que l’intention de l’auteur sur le site du magazine.

 

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