Ces dix dernières années nous ont montré que trop peu de professionnels avaient été en capacité d’anticiper la transformation du modèle économique des médias traditionnels, la crise de la presse puis celle des agences, de s’adapter à l’émergence du «digital storytelling».
Le numérique a profondément marqué notre société, aucune perspective de rebond ne pourra aboutir si nous ne pouvons intégrer dans nos démarches professionnelles les nouvelles formes de journalisme visuel et de représentation de la photographie. Il a créé des opportunités et fait rebondir un marché sclérosé, des formats dédiés sont nés, faisant fortement évoluer la pratique. De nouvelles postures sont apparues, elles permettent davantage de créativité et donnent plus de responsabilités aux photojournalistes.
L’utilisation de la photographie par la presse était hier statique ; elle est aujourd’hui connectée, partagée, interactive et participative. Les logiques sont multi-supports, la conception et l’écriture d’un projet doivent répondre à la dialectique du transmédia. L’histoire peut prendre vie sur un ensemble de canaux de communication : presse, web programme ou site dédié, mobile, tablette, film, série télé, exposition, livre, blogs, réseaux sociaux…

En 2012, alors que le contenu des chaînes sort du téléviseur, celui des médias classiques y entre. Nous sommes dans des problématiques de flux, de centres d’intérêt et de communauté. En jouant sur des leviers qui développent un univers narratif immersif et interactif, les photojournalistes n’ont jamais eu autant de moyen, d’opportunité de faire plus et mieux. Économiquement, une alternative est en train de s’opérer avec le mécénat et l’arrivée des plateformes de financement participatif communément appelé « crowfunding ».
Aujourd’hui le nerf de la guerre reste la production, le photojournaliste doit continuer à raconter des histoires en images et à réinventer son rôle. Ceux qui s’inscriront durablement auront su développer une intelligence de projet et déployer une stratégie de positionnement sur les médias et la presse. Ils doivent être formés à la conduite de projet, au management d’équipe transversale ainsi qu’à la gestion des mécanismes de financement et des outils économiques pour la production d’œuvres spécifique à la télévision et au web.
Une grande rupture dans la consommation des médias, de l’information et de l’image nous permet un accès aux contenus en tout lieu et à tous moments. Dans les réseaux sociaux, la photographie est devenue « conversationnelle ». Notre société est portée par le numérique ; les photojournalistes en voient leur rôle accru. Plus que jamais, ils restent les grands témoins de l’histoire.
La portée documentaire de la photographie fait partie intégrante de notre histoire. Avec pour langage universel, la capacité à inscrire l’image dans une forte relation à la narration, les photojournalistes sont des passeurs de réalité. Ils font autorité en affirmant un point de vue, donnent du sens et de la valeur à la photographie. Leur pratique est dictée par une déontologie, l’information qu’ils véhiculent est vérifiée et sourcée. C’est ainsi que les plateformes documentaires interactives définissent le périmètre d’une information sécurisée.
Qu’il s’agisse de la réalisation d’un diaporama sonore, d’une POM (Petite Œuvre Multimédia), d’une vidéographie ou d’un webdocumentaire, sans un reportage cohérent, rien ne peut être envisagé. Tous ces formats sont fortement ancrés autour d’un point de vue, d’un regard, d’une histoire. La production du photojournaliste est au cœur du processus de cet écosystème. Aucun univers narratif complémentaire ne peut être conçu sans cela.
En France ont été écrites certaines des plus belles pages du photojournalisme. Notre savoir-faire et expertise sont incontestées.
Aujourd’hui, j’anime des ateliers sur les nouvelles écritures à l’étranger et constate que face à la nouvelle donne du numérique, et au vu des enjeux, ces démarches sont vite assimilées et les désirs grandissants.
Nous devons adopter une philosophie de l’action. La nouvelle donne nous pousse à réinventer des formes de narration, d’écriture et de production. Cessons de nous attacher à notre passé comme à un bouclier ; pointons-le au contraire comme le fer de lance de notre évolution. L’avenir de notre profession dépend de notre faculté à anticiper les changements plutôt qu’à les subir.
Wilfrid Estève
Lien :
http://www.la-croix.com/Debats/Opinions/Debats/La-nouvelle-donne-du-numerique-_NP_-2012-03-23-781560
Article publé le Lundi, avril 9th, 2012 dans la rubrique A la une, Contributions, Digital storytelling avec les mots-clés Photojournalisme, Transmédia. Vous pouvez suivre les réponses grâce au flux RSS 2.0.
"Portrait : Wilfrid Estève / Virginie Terrasse" par Nicolas Bole du blog documentaire
Le Blog Documentaire propose ici son premier portrait de producteurs avec une figure bien connue parmi les Twitteurs et autres amis de Facebook : Wilfrid Estève qui, avec Virginie Terrasse, a cofondé le studio Hans Lucas.

Retour sur “21 voix pour 2012”.
Le projet transmédia “21 voix pour 2012” achève avec la plateforme interactive “60 secondes pour un quinquennat”, sa phase de production et la promotion en photojournalisme termine son stage en entreprise. Il était temps de rassembler quelques photographies d’une année particulière, celle de ma dixième et dernière formation en photojournalisme. A mon arrivée, le stage durait 2 mois et demi. Aujourd’hui, enrichit notamment de modules vidéographie, POM et webdoc, il en fait 8.
Pour devenir photojournaliste, il n’existe pas de mode d’emploi. Le but de la formation n’est pas de théoriser la pratique d’un métier, il s’agit plutôt d’en donner des clés, de proposer des pistes. Il ne suffit pas au photojournaliste d’être curieux, de trouver des idées pertinentes, de choisir un angle original, il lui faut aussi réussir à affirmer son regard. Et ne pas hésiter à confronter son travail aux autres, à évoluer dans un milieu professionnel dont il est nécessaire de comprendre les attentes et les règles.
Les expériences des personnalités rencontrées durant la formation mettent en lumière différents modes de fonctionnement des photographes, mais aussi des médias, ainsi que les écueils à éviter, les questions à se poser.
Les interrogations ne manquent pas : comment donner du sens à ses idées et à sa production ? Dans quel récit multimédia s’inscrire : vidéographie, petites œuvres multimédias (POM) ou documentaire interactif ? Dans quelle structure le photographe peut-il s’intégrer aujourd’hui ? Doit-il suivre ses affinités personnelles ou se plier aux exigences de ses commanditaires ?
S’il veut s’épanouir, le photographe doit choisir la solution qui s’accommodera le mieux avec la démarche qu’il revendique. Le photojournaliste doit aussi gérer ses relations avec les rédactions : décrocher un rendez-vous, présenter un sujet pour optimiser les chances de le faire publier.
Cette formation apporte des pistes de réflexion pour prendre du recul. C’est un laboratoire d’idées, d’échanges et d’expériences qui permet de s’émanciper. De s’affranchir.
Rendez-vous en septembre 2013 avec deux rentrées - une en formation initiale (université de Perpignan) et une en continue (CFPJ Médias) - pour un #photojournalisme encore plus en phase notre époque et son marché.
De l’écriture à la lecture… Sonore.
Dans le cadre des six folios que j’ai réalisé pour le magazine du Jeu de Paume entre décembre 2011 et mars 2012, j’ai demandé à Samantha Rouault de choisir ou d’écrire un texte et de le lire à la manière d’un conte. En complément à mon article, centré sur le parcours de l’auteur et le contexte de la série, il s’agissait d’apporter un point de vue différent, pertinent et complémentaire aux photographies présentées.
Pour dynamiser et rythmer l’ensemble de la page et reprendre le principe d’une scène ouverte, j’ai eu l’idée d’une “lecture sonore” et ai demandé à Alice Guerlot-Kourouklis, membre du studio Hans Lucas, de composer une bande sonore originale. Dans ce dispositif, je tenais à ce que le photographe sois présent, rédige des phrases puis les lise ou les déclame. Alice, avec qui je collabore depuis le projet “Territoires de fictions”, mixait les deux voies en fonction des enregistrements réalisés dans son studio.
Au-delà d’une mise en contexte originale d’un folio, cette initiative a été appréciée par le magazine et lors de la série “La Palestine comment ?”, Adrien Chevrot s’est même prêté au jeu en lisant un texte. Toutes les deux semaines un rendez-vous s’est ainsi créé durant trois mois. Il a été bien suivi par des internautes qui restaient en moyenne cinq minutes sur les articles. Lors de la soirée du studio Hans Lucas à la SCAM, le photojournaliste Reza a été surpris et séduit par ces lectures. Enfin elles ont été un grand sujet de conversation lors de la restitution que nous avons organisé aux “trois frères” en mars dernier, avec l’équipe du magazine du Jeu de Paume.
Le morceau choisi n’a pas été sélectionné mais j’ai souhaité vous le faire découvrir. Il a été réalisé à l’occasion de la série intitulée : “NYC I LOVE IT BUT I DON’T LIKE IT” d’Adrian Crispin, photographe New-yorkais. Samantha a choisi de lire un extrait du livre d’Ernesto Sabato, “Le Tunnel”, en écho aux écrits d’Adrian Crispin.
Vous trouverez l’article ainsi que la version sélectionnée en cliquant ici.
Souhaitons que les lectures sonores rencontrent le même parcours que les Petites Oeuvres Multimédia. Et qu’un jour, nous puissions les écouter dans le musée du Jeu de Paume sous forme d’installation… Dansante.
Bonne écoute.
Présentation de l’équipe du dernier projet auquel je participe : “Métalbanger, l’art de la violence”. Il s’agit d’un documentaire transmédia et interactif conçu à la fois pour une plateforme web et pour une diffusion télévisée.
Le Metal, dérivé du Hard-Rock puis du Heavy-Metal est une musique cataloguée comme violente. C’est aussi un genre musical écouté dans le monde entier. De nombreux documentaires se sont déjà focalisés sur les fans mais plus rarement sur les musiciens. Aucun ne s’est penché sur les raisons qui poussent un artiste à exprimer ses émotions à travers ce genre musical au cœur de nombreuses polémiques et victimes de clichés et amalgames.
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