Mens New York Jets Dee Milliner Nike Green Game Jersey,Youth Cincinnati Bengals Mike Nugent Team Color Jersey,Women's Denver Broncos Vance Walker Pro Line Team Color Jersey Cheap NFL Jerseys.Pro Line Women's Minnesota Vikings Shaun Hill Team Color Jersey,Youth Atlanta Falcons Joplo Bartu Pro Line Team Color Jersey Cheap Jerseys.Men's Jacksonville Jaguars Thurston Armbrister Pro Line Team Color Jersey,Youth Arizona Cardinals David Johnson Pro Line Alternate Jersey.Pro Line Men's Seattle Seahawks Doug Baldwin Big Tall Team Color Jersey,Pro Line Women's Atlanta Falcons Kevin Cone Team Color Jersey - Red,Women's San Francisco 49ers L Cheap Jerseys.J. McCray Pro Line Team Color Jersey.Youth San Francisco 49ers Vance McDonald Pro Line Team Color Jersey,Youth Arizona Cardinals Larry Fitzgerald Nike Black Alternate Game Jersey Cheap Jerseys.Men's Buffalo Bills Tyrod Taylor Pro Line Big & Tall Team Color Jersey,Mens Tampa Bay Buccaneers Historic Logo Nike Red Customized Elite Jersey,Youth Washington Redskins Alfred Morris Nike Burgundy Limited Jersey Cheap NFL Jerseys

Contributions – Le bloc-notes de Wilfrid Estève

photographie // écritures transmédias & interactives // formation

Contributions

Photo Folio, une formation pour définir et présenter sa démarche professionnelle

Territoires Numériques, cofondée par le Graph et le studio Hans Lucas, propose la formation Photo Folio, les 30, 31 août et 1er septembre 2017  à Carcassonne.

(suite…)


Correspondance – Camille Lepage

La photographe indépendante française Camille Lepage a été assassinée le 13 mai 2014 en République Centrafricaine. Wilfrid Estève, cofondateur du studio hans lucas, nous a confié une partie de leurs dernières correspondances.

« Et à deux de mes amis, je dis aux portes de la nuit : si un rêve est indispensable qu’il soit à notre image… » — Mahmoud Darwich.

(suite…)


France à quoi tu penses ?

À travers une approche transversale et contemporaine, Territoires de fictions propose en 52 histoires une réflexion sur la France d’aujourd’hui et son rapport au monde actuel.

Dans l’esprit d’une « photographie évolutive », cette initiative pluridisciplinaire rassemble une centaine d’auteurs (créateurs sonores, graphistes, photographes, monteurs, réalisateurs) et explore de nouvelles formes de représentation de la photographie et de l’image. La quête d’identité comme trame d’une recherche créative et une mise en danger quasi systématique a fait de ce projet un laboratoire expérimental hors norme. Territoires de fictions propose une passerelle entre information et création artistique et a développé le concept de la POM, Petite Oeuvre Multimédia.


L’instant « t » de Guillaume Chamahian

“On dit que la musique adoucit les moeurs”… C’est sur cette phrase que Guillaume Chamahian termine le texte de sa série intitulée “Bosnia”. Sans doute un petit clin d’oeil à une vie antérieure.

“J’ai arrêté ma scolarité en troisième. A 18 ans on m’a offert un appareil photo, j’ai commencé à faire des images et à toucher à l’écriture et à la peinture. Je rentre aux Beaux-Arts de Marseille que je trouve trop scolaire. J’y reste 6 mois et pars à Londres. En 1995, je découvre le milieu underground, la techno, les Spiral Tribe (célèbre sound system londonien) et passe deux ans à mixer. »


La Villa Pérochon, un nouveau centre d’art contemporain photographique

Ce vendredi à la Bourse du travail d’Arles, l’équipe de l’association “Pour l’instant” va annoncer la création de la Villa Pérochon, nouveau centre d’art dédié à la photographie en France.

Sylviane Van de Moortele est membre fondatrice et présidente de “Pour l’instant” depuis 1994. Ce projet, porté par un petit groupe de passionné(e)s, est le fruit d’une longue gestation. Elle est avec Jean-Charles Oudinet (trésorier depuis 1994) et Patrick Delat, l’âme de l’association.

(suite…)


Alain Desvergnes et la création de l’école de photographie d’Arles

“Imaginez si nous avions pu avoir une réunion entre Rousseau et Voltaire et en faire un colloque ? »

« Nous aurions eu ces deux bonhommes qui nous auraient raconté leur vie et leur histoire. Nous avons la chance aujourd’hui d’avoir les plus grands photographes du monde. Même si certains sont en train de disparaître, ils sont tous venus à Arles.” répliqua Alain Desvergnes en 1980 sur TF1 à un Bernard Golay incrédule sur l’intérêt du festival pour le grand public ; et de renchérir : “Une remarque, un sourire, une parole sur la place du forum peuvent valoir pour un débutant ou quelqu’un qui s’intéresse à l’image, beaucoup plus que plusieurs chapitres. Il y a une espèce de lumière qui peut jaillir de la conversation”.

(suite…)


Le “Manga project” de Monica Santos & Mat Jacob

C’est un entrelacement de dessins et d’images. C’est une rencontre entre les premiers et les seconds, dans des tonalités de gris, de bleus et de teintes saturées parfois, flamboyantes, ponctuant ce projet, le portant, comme un élément novateur.

Le crayon est maîtrisé, et transforme avec ingéniosité la photographie, ou la laisse se glisser parmi les croquis pour prendre pleinement sa place. Puis une page haute et forte en couleurs surgit. Elle amène un contraste qui s’avère être nécessaire pour rompre la monotonie d’un manga classique. Nous sommes ici dans la création.

(suite…)


L’ENSP d’Arles : les défis d’un changement décisif

Personnalité réfléchie, exigeante et tenace, Rémy Fenzy a commencé sa carrière dans l’administration à l’Ambassade de France de Reikjavik (Islande), puis a décidé de compléter sa formation supérieure à la Sorbonne (Paris I), avant de devenir professeur des écoles d’art, puis directeur de l’Ecole Supérieure d’Arts de Brest jusqu’à sa nomination à celle d’Arles en 2010.

L’ancien étudiant de l’ENSP (deuxième promotion), se plaît à dire que la différence entre Arles et les grandes écoles étrangères réside dans le fait qu’au delà de la pratique d’une photographie riche en diversité, le principe de l’école est un projet de vie.

(suite…)


Christophe Laloi et l’écosystème des Voies Off

Christophe Laloi est le directeur du festival Voies Off. Cet ancien élève de l’école sort de la promotion Claude Cahun (1996).

“Une promotion dynamique et soudée, j’y ai eu une vraie vie d’étudiant. La place que j’occupe sur le Off m’a permis de suivre les travaux de tout le monde. » A l’occasion du livre “Qu’avez-vous fait de la photographie ?”, je me suis rendu compte que j’avais passé 17 ans à m’occuper des autres. C’est très étrange, car j’étais gêné de répondre, avec cette sensation de n’avoir rien fait.”

(suite…)


Arles 2012 : le pari d’une rencontre

Jean-Jacques Naudet m’a proposé de couvrir l’édition 2012 des Rencontres d’Arles pour le Journal de la photographie. 25 articles ont été réalisés du 1er au 8 juillet lors de la semaine professionnelle avec la complicité de Samantha Rouault.

Ils présentent les portraits des principaux acteurs du festival, de l’ENSP d’Arles ainsi que certains artistes ou auteurs. Que retenir de cette édition ? Il s’agit d’un pari audacieux, celui de dédier un festival à une école et d’aller à la rencontre de ses diplômés et de ses professeurs. Trente ans est l’âge de la maturité, il permet de se retourner vers les élèves qui en sont sortis en mettant en perspective leurs parcours.

(suite…)


“Lettres aux Pères” de Lionel Pralus

Le 17 novembre 2011, je reçois Lionel Pralus pour un entretien. Un faux-air du chanteur Arnaud Fleurent-Didier, il fête ce jour-là ses 29 ans.

La conversation tourne autour de ce projet inachevé, ces Lettres aux pères faites de photographies entrechoquées de phrases. Lionel évoque une enfance un peu particulière dans ce quartier de Tours peuplé de jeunes retraités qui ne connaissent pas leurs voisins. Le décor est posé, la maison familiale et son proche alentour, un vase clos.

(suite…)


“Cortex” de Valerio Vincenzo

Valerio aime brouiller les cartes. Originaire de Naples, il a grandi à Milan et réside à Paris. Il se revendique Européen et vit avec une Américaine. Il n’aime pas les cases et ne se définit pas comme photographe.

Valerio avait trouvé un mot plus juste, mais l’a oublié, « c’était lié à l’image » précise t-il. Sur sa carte d’identité italienne, on lit sa profession : étudiant. Valerio est attaché à ce statut car il désire apprendre durant toute sa vie. Discret et déterminé, cet ancien consultant dans la finance poursuit avec élégance un intéressant parcours photographique. Se jouant des formats et des média, il explore, s’égare ; aime prendre du recul et rendre intelligible. Son principal souci est de rester cohérent dans l’ensemble de ses démarches. Avec humour et dérision, il pointe les absurdités de notre société.

(suite…)


“Degeaba, Bucarest 20 years later” d’Emilien Urbano

Si en août 2010 Ceau?escu s’était présenté aux élections, il aurait été élu président avec 41% d’opinions favorables. Le résultat de ce sondage, réalisé par l’Institut Roumain pour l’Evaluation et la Stratégie, 21 ans après la mort du dictateur laisse perplexe et donne à réfléchir.

(suite…)


“NYC I love it but I don’t like it” d’Adrian Crispin

En l’an 2000, Adrian a 25 ans. Il vit à New-York, écoute Arthur Russell, Kruder & Dorfmeister et The Velvet Underground. Une vie de galère et de petits boulots l’amène à travailler dans un restaurant, il y rencontre Jamie Zeccola. Entre eux deux, une entente à demi-mot s’opère, l’un photographie, l’autre peint.

Les soirées et les nuits de grandes discussions se succèdent. Une correspondance par mail commence alors. Elle va durer six ans et nourrir en partie une réflexion autour de leur travail.

(suite…)


“Spree” de Dorothée Smith


Des visages dans des cheveux d’or qui… oublient leur vertu. Mais c’est pas vrai qu’ils ont l’air d’un conquistador.
Asexués une fois dévêtus qui croit quand on les voit comme ça. Excitant toutes les petites filles. Pourquoi on n’y croit plus comme ça.
Isolé dans un corps presqu’île.

Lorsque Nicola Sirkis chante « 3e sexe », hymne à la tolérance sexuelle et au droit à la différence, Dorothée Smith a six mois. Alors qu’à Paris, Christo emballe le Pont Neuf, la Spree longe le symbole d’une Europe déchirée par le Rideau de fer.

La rivière sépare en deux la capitale allemande et à l’image de ces quatorze Berlinois de l’Est qui en 1962 ont enivré le capitaine d’un bateau pour franchir le mur sous les coups de feu, elle a aussi été promesse d’espérance et de liberté pour des Berlinois appelés à vivre entre deux systèmes. Et deux identités. Aujourd’hui encore il existe des murs, invisibles certes, mais tout aussi réels.

(suite…)


“La Palestine comment ?” de Virginie Terrasse et de Wilfrid Estève

Un petit groupe silencieux d’ouvriers palestiniens se presse. Aveuglés par la lumière et la poussière, nos paupières sont mi-closes. L’air enflammé fait danser des silhouettes.

Son Mamiya autour du cou, Virginie s’éloigne et contourne la barrière de séparation. Je prends la direction inverse et décide de longer le mur, que je découvre toujours en cours de construction. Il fait très chaud, le chantier fait miroiter un métal bouillant. Face à moi, des pans de béton de huit mètres de haut sont en train de prendre racine. Je mesure mon souffle et cherche l’ombre. Derrière des barbelés, j’entends crier : « Yala, yala ». Est-ce l’envie de fuir le soleil ou ce monde qui me paraissait si étrange ? J’ai longtemps marché ce jour là, interrogeant l’espace du regard, avec mes pensées d’homme libre pour seules compagnes.

 

(suite…)


La nouvelle donne du numérique

Former des photojournalistes est vital.

Ces dix dernières années nous ont montré que trop peu de professionnels avaient été en capacité d’anticiper la transformation du modèle économique des médias traditionnels, la crise de la presse puis celle des agences, de s’adapter à l’émergence du «digital storytelling».

(suite…)


Le “75”, une école bruxelloise des arts de l’image de référence en photographie documentaire

Visiter “Le 75” m’a toujours fait regretter de ne pas y avoir été étudiant. Le bâtiment central, très lumineux, se trouve au milieu d’un beau parc du sud de Bruxelles.

Capitale européenne oblige, bien que l’école soit francophone, dès l’entrée on y entend plusieurs langues. Les tirages photographiques aux murs et les dessins sur les tables témoignent d’emblée de l’importance des ateliers. Nous sommes ici d’évidence dans la création et l’écoute. Les échanges avec les professeurs d’atelier sont permanents car chaque élève est libre de solliciter ceux-ci autant qu’il le souhaite pour l’avancement de ses travaux. Des rapports bienveillants et, contrairement à certaines institutions artistiques, sans condescendance.

(suite…)


Justifier l’injustifiable

Victime d’un acte d’homicide délibéré, Loucas Von Zabiensky-Mebrouk, dit Lucas Dolega vient de décéder à Tunis.

Depuis quatre jours le photojournaliste franco-allemand était plongé dans un coma artificiel et avait perdu l’usage de son oeil gauche. Blessé à la tête vendredi 14 janvier au cours d’une manifestation, par un tir « à bout portant » [moins de cinq mètres] et « tendu » [trajectoire qui se rapproche de la ligne droite] d’une grenade lacrymogène, Lucas a clairement été pris pour cible par la police anti-émeutes tunisienne. Il s’était réfugié avec cinq autres photographes [Matthias Bruggmann, Olivier Laban-Mattei, Remy Ochlik, Bruno Stevens et Pierre Terdjman] dans une rue adjacente à l’avenue Bourguiba où des débordements avaient lieu. Selon le témoignage de ses confrères « c’est alors qu’il passait la tête pour voir où en était la situation qu’il a été touché par le projectile.»

(suite…)


POM, vidéographie, webdocumentaire : lexique des nouveaux formats

La crise dans les médias aura eu le mérite d’accélérer les initiatives des photojournalistes dans le « digital story telling ».

Depuis 2005, une nouvelle orchestration éditoriale s’est mise en place pour l’ensemble des « journalistes de l’image » et des écritures narratives ont rencontré leurs publics. Même si nous sommes toujours dans l’essai, les enjeux sont réels : des métiers ont évolué (journaliste multimédia, iconographe bimédia), d’autres se sont créés (vidéographe, community manager) et des formats (ou capsules) ont vu le jour (POM, vidéographie, Websérie et Webdocumentaire) permettant à l’image fixe, désormais en mouvement, d’interagir. S’informer en tous lieux et à tout moment…

(suite…)


La consommation de l’information

L’émergence des entreprises de presse françaises, tout comme leur développement, est liée à un paradoxe.

D’une part, elles sont synonymes de contre-pouvoir attaché à l’opinion publique : leurs actions politiques participent au débat démocratique. Et d’autre part, pour préserver leur indépendance et s’affranchir du pouvoir politique, elles doivent comme toute entreprise trouver un soutien financier dans les ressources du marché économique. La réussite financière de la presse est le garant de son indépendance éditoriale. Une situation d’équilibriste qui voit un contre-pouvoir politique dépendre d’un pouvoir financier.

Le fonctionnement de la presse répond donc à une économie de marché. Les actionnaires permettent et défendent l’indépendance d’une rédaction tant qu’elle est rentable. Les trente dernières années vont voir plusieurs crises se succéder et entériner un malaise: augmentations du prix du papier (1974-77), période de déprime de la publicité (1994-95) et enfin récession du marché depuis 2001. En parallèle, les entreprises de presse vont être confrontées à la concurrence avec les médias audiovisuels, au lancement de la presse gratuite, aux coûts d’impression et de distribution en hausse ainsi qu’au phénomène de concentration. Tous ces bouleversements vont contribuer à dérégler un mécanisme, précipiter un processus industriel inéluctable, bouleverser une pratique journalistique et décrédibiliser une profession. Pour retrouver le sens de son marché et plaire à son public, la presse se trouve entraînée dans une logique de course au lecteur et à la publicité, sans par ailleurs être capable de pallier à la désaffection du public et de répondre à la délicate question de conserver les anciens lecteurs tout en arrivant à les renouveler.

Poussées dans une logique de rentabilité, les entreprises de presse décident d’apporter des réponses économiques rigoureuses. Avec l’arrivée du marketing et des pratiques du management dans les années 60, la presse va employer des méthodes issues de la grande distribution. Le marketing intervient sur la connaissance du public, l’étude de la concurrence et du marché, la définition des prix et la promotion. Les procédés d’études du lectorat vont permettre d’analyser et de signaler aux rédacteurs-en-chef les manques, les réticences du public ou les attentes insatisfaites.

Financer l’information par la publicité reste cependant dangereux.

Le scénario qui suit, basé sur les dérives du système est facilement envisageable : A la recherche d’une marge bénéficiaire maximale, la presse optimise son produit, qui est le journal. Le circuit annonceurs-régies-rédactions conduisent le «rédacteur-en-chef-de-produit» et le «créatif-directeur-artistique» vers une orientation rédactionnelle «commerciale». Ensemble, ils décident du contenu apporté au lecteur consommateur. Quand au directeur éditorial, il développe sa marque (son magazine avec ses produits dérivés) pour appeler à travers la publicité, d’autres marques. Cette modélisation de la presse sur les règles du marketing s’assortit d’un nouveau traitement de l’information, des informations.

Venu des États-Unis, le “journalisme de marché” s’installe en Europe au début des années 90. Il impose des codes différents à la presse. Le rubricage des magazines est revu, laissant la part belle à “l’information-service” et aux “soft news”.

A un traitement de l’information en profondeur, on va préférer une actualité exprimée dans le langage de l’émotionnel, du sensationnel. Les rédactions se retrouvent à illustrer des concepts plutôt que des faits (par exemple, l’insécurité). Les magazines vont peu à peu remplir leurs pages d’images anecdotiques qui n’expliquent plus, mais illustrent.

La presse est entrée dans l’ère de l’illustration. Elle recherche des images isolées plutôt que des reportages. Des mosaïques de photographies de la taille d’un timbre-poste apparaissent dans les titres. La production de reportages photographiques se raréfie, les sujets sont tronçonnés pour alimenter les banques d’images et les légendaires pictures-stories voient leurs espaces de publication se réduire. En 2000, une vague de contrats émane des groupes de presse. Les rédactions tentent de définir des règles inhabituelles en imposant des contrats aux photographes. Une nouvelle donne apparaît; si un journal produit, il doit amortir le coût de la production en se substituant à l’agence de diffusion. Les repasses au sein du groupe sont parfois gratuites et les cessions de droit des photographies sont multiples. Un reportage journalistique fait l’objet d’une exploitation commerciale. Cependant en cas de problème juridique, le photographe reste seul responsable. Le statut d’auteur et la déontologie sont sérieusement remis en question. On assiste au déplacement de la notion d’auteur de la personne vers l’entreprise. En réaction une fronde de photographes se fédère. Ils créent l’association FreeLens. Quatre ans plus tard, à l’exception du groupe Marie-Claire, la plupart des rédactions ont rangé leurs contrats. Jusqu’à quand?

De nouveaux usages vont aussi réguler le fonctionnement interne des rédactions qui vont réduire les productions de reportages ou “assignments” et minimaliser la prise de risque. Stagiaires non rémunérés, pigistes, CDD et correspondants se multiplient et finissent par remplacer les journalistes permanents. La presse reprend des idées qui ont fait leurs preuves ailleurs. Les journaux sont pensés pour être financés par la publicité et lus par le plus grand nombre.

La réalité du monde est mise en scène avec des photographies politiquement correctes issues de banque d’images aseptisées. L’information s’appauvrit.

Durant les années 80-90 les créations de nouveaux titres prennent des proportions étonnantes. L’offre explose jusqu’à constater certaines années, plus de 400 nouveaux titres. Dorénavant, prêt à penser rime avec prêt à consommer. Les magazines sont vendus avec des produits dérivés (Cédérom, DVD, encyclopédie…). La presse informe un peu et divertit beaucoup. Elle a régressé en pertinence et en qualité. Les «consumers magazines», les magazines de marques et les suppléments touristiques de régions se développent. Ils ont les moyens de produire et font la part belle aux reportages photographiques. Mais parle t’on encore d’information? L’ambivalence est renforcée par l’essor des services de “presse” ou de “communication” qui servent d’intermédiaires entre la rédaction et les entreprises. En parallèle, la presse magazine participe aussi à l’avènement de la télé réalité. Tout cela produit un sérieux amalgame aux yeux du lecteur qui a dû mal à faire la part des choses entre les publications d’information, de divertissement et les magazines purement commerciaux. Certaines dérives au niveau du droit à l’image sont constatées. Plutôt que de s’insurger contre les paroles de Patrick Le Lay (1), la presse devrait s’interroger sur son contenu. Le Parlement et le gouvernement devraient se questionner sur la répartition des subventions qu’ils accordent aux médias. De tous les pays libéraux, la France est celui qui octroie les aides les plus fortes à la presse. Cette situation n’a ni poussé les rédactions à évoluer, ni encouragé le marché à se réguler, ni empêché les fréquents dérapages à l’encontre du code de la propriété intellectuelle, de la convention collective des journalistes et du code du travail.

Précipitée dans un monde qui ne juge que sur des bénéfices immédiats, la presse française n’a pas privilégié son contenu rédactionnel.

Cette situation a aussi procédé d’un repli, puis d’un déclin du rôle de la photographie comme témoignage. Ces évolutions mettent en péril le pluralisme de la presse. Sur du long terme, le recul du journalisme risque aussi d’affaiblir la santé des entreprises de presse. Alors que les titres se placent en concurrents face à la télévision, il n’y a jamais eu de questionnement, de réflexion et de positionnement pour apporter un traitement de l’information différent, complémentaire. Même interrogation en ce qui concerne le rapport du lecteur, du public, de tous à la photographie. Alors que l’image est devenue omniprésente dans notre société, aucun élément de compréhension ne nous est transmis, ni enseigné. Les initiatives pour apporter une culture photographique au plus grand nombre sont rares et ce n’est pas la place qu’occupe actuellement la critique photographique dans les journaux qui viendra compenser cette lacune.

Wilfrid Estève

Article publié dans « Photojournalisme à la croisée des chemins« , mention spéciale du jury du prix Nadar 2005

(1°) “Le métier de TF1, c’est d’aider Coca-cola, par exemple à vendre son produit. Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible: c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-cola, c’est du temps de cerveau humain disponible”. Patrick Le Lay, “Les dirigeants face aux changements”, éditions du Huitième jour, 2004.